KARINE CATHALA ET LES EMOIS DU COEUR - Entretien avec l'artiste - LELITTERAIRE.COM

 

Par Jean-Paul GAVARD-PERRET


Parfois de manière quasi ins­tinc­tive, Karine Cathala ouvre des espaces où peu à peu elle se baigne et s’abrite. Peu à peu son par­cours artis­tique s’est ouvert à l’écriture en osant ce saut étouffé à la fin de son ado­les­cence. Des brises se « lèvent » Par­fois le jour, par­fois la nuit. Dans tous les cas la créa­trice avance en équi­libre au sein de son être dont les bords doivent res­ter une fron­tière de sécu­rité exis­ten­tielle. En diverses escales se des­sinent et s’inscrivent des archi­tec­tures de déliés, des espaces inter­po­sés qui peu à peu sortent du passé. Empié­tés dans un maillage où les larmes per­dues se méta­mor­phosent en rose mar­qué de bleu de Prusse pour déli­vrer des ombres qui peu à peu prennent la fuite.


Qu’est-ce qui vous fait lever le matin ?
La Joie, celle de goû­ter l’essence de cette aube nou­velle. D’en décou­vrir les saveurs tan­tôt âpres et maus­sades tan­tôt délec­tante et déli­cieuse. Et d’en récol­ter les fruits.

Que sont deve­nus vos rêves d’enfant ?
Je les vis aujourd’hui en hono­rant la voie de la créa­tion, en assu­mant ce che­min qui est le mien.

A quoi avez-vous renoncé ?
Avant d’être en mesure de l’assumer, il aura fallu que j’y renonce et me confor­mer aux attentes socié­tales. C’est seule­ment après m’être per­due dans le condi­tion­ne­ment, face à la souf­france pro­fonde de mon être, que j’ai pu en retrou­ver le chemin.

D’où venez-vous ?
J’ai grandi en région pari­sienne dans une cité d’où je garde comme un pré­cieux tré­sor le goût de l’autre, de sa dif­fé­rence. Toute la richesse de notre huma­nité. J’ai vécu par la suite dans plu­sieurs régions pour m’installer en Bre­tagne dont la terre m’appelait de ses réso­nances pour m’y ancrer.

Qu’avez-vous reçu en dot ?
De pro­fondes bles­sures dans le fémi­nin et avec le masculin.

Un petit plai­sir — quo­ti­dien ou non ?
Un sou­rire. Sou­rire du coeur, sou­rire des lèvres ou des yeux. Autant de petits moments fur­tifs qui me régalent.

Qu’est-ce qui vous dis­tingue des autres artistes et poète ?
Je ne sau­rais le dire, ni même le voir. Il me semble être la per­sonne la plus mal pla­cée pour y répondre.

Com­ment définiriez-vous votre approche des images ?
Cette ques­tion me met en dif­fi­culté. Je ne sais pas y répondre.

Quelle est la pre­mière image qui vous inter­pella ?
Toute petite, je des­si­nais déjà des spi­rales, volutes et ara­besques sur mes cour­riers, enve­loppes et cahiers.

Et votre pre­mière lec­ture ?
« Bar­ba­papa », quel bonheur…

Quelles musiques écoutez-vous ?
Assez hété­ro­clite et pério­dique. De toute façon acous­tique. J’apprécie par­ti­cu­liè­re­ment le pro­jet “Playing For Change“où des musi­ciens du monde entier inter­prètent ensemble des mor­ceaux d’anthologie. Je peux tou­te­fois citer Tina­ri­wen, Arthur H, M… Les “Chants de l’Extase” d’Hildegarde Von Bin­gen me trans­portent littéralement.

Quel est le livre que vous aimez relire ?
« Femmes qui courent avec les loups » de Cla­rissa Pin­kola Estes. A chaque lec­ture, les arché­types s’y révèlent plus finement.

Quel film vous fait pleu­rer ?
Tous. Je suis même capable de m’émouvoir devant un navet pour peu qu’il y ait de l’émotion. Je ne sais pas faire autre­ment que vivre tout ce qui inter­agit avec moi.

Quand vous vous regar­dez dans un miroir qui voyez-vous ?
Tout dépend de ce que j’ai envie d’y rencontrer…

A qui n’avez-vous jamais osé écrire ?
En ce moment, j’éprouve une grande dif­fi­culté à écrire à l’homme que j’aime alors que je suis en train de me ré-écrire moi même.

Quel(le) ville ou lieu a pour vous valeur de mythe ?
Ys et l’Atlantide.

Quels sont les artistes et écri­vains dont vous vous sen­tez le plus proche ?
Ceux qui m’inspirent : Frida Kahlo, Mucha, Klimt et Lau­trec en pein­ture. En lit­té­ra­ture, Chris­tiane Sin­ger. Je suis inculte en poé­sie, je com­mence depuis peu à m’y inté­res­ser. Je découvre en ce moment Abdel­la­tif Laâbi et son écri­ture me réjouit. Jusqu’à pré­sent je n’en res­sen­tais pas l’envie… Seule l’écriture m’appelait.

Qu’aimeriez-vous rece­voir pour votre anni­ver­saire ?
Tout ce qui a été éla­boré avec le coeur. Peu importe la forme.

Que défendez-vous ?
Plus rien aujourd’hui. J’ai com­battu et m’y suis iden­ti­fiée jusqu’à m’y perdre aussi. A pré­sent, j’ai planté mon épée et je laisse les plantes sau­vages la recou­vrir. Désor­mais au creux de ma coupe afin qu’elle puisse plei­ne­ment hono­rer son service.

Que vous ins­pire la phrase de Lacan : “L’Amour c’est don­ner quelque chose qu’on n’a pas à quelqu’un qui n’en veut pas”?
Toute la dif­fi­culté d’aimer et son appren­tis­sage… La qua­lité d’amour que l’on offre à l’autre est à l’image de celle que l’on se porte.

Que pensez-vous de celle de W. Allen : “La réponse est oui mais quelle était la ques­tion ?“
Belle confiance en la vie.

Quelle ques­tion ai-je oublié de vous poser ?
Celle qui n’est pas encore née.




Pré­sen­ta­tion et entre­tien réa­li­sés par jean-paul gavard-perret, le 3 juin 2018.

POUR VOIR L'ENTRETIEN DANS SON CONTEXTE:
http://www.lelitteraire.com/?p=40983&fbclid=IwAR2CIU5SsV1QxJJ3mCM0Oquc3qs_vVMr4W51ULdDy2FV85mei6MGQSk-M5g



 



 

KARINE CATHALA / KA - FORCES VIVES

 

Interview de Marie-Agnès Moller


DOUBLE PAGE dans le magazine ART & DESIGN, mai, juin, juillet 2018



 



 

PRINTEMPS DES POETES 2018

 

Ouest-France, 10 mars 2018



 



 

Le château s'offre un voyage intense et poétique

 

Ouest-France, septembre 2017




https://www.ouest-france.fr/bretagne/rochefort-en-terre-56220/le-chateau-s-offre-un-voyage-intense-et-poetique-5229312

 

Karine Cathala enchante ses auditeurs

 

Ouest-France, août 2017






https://www.ouest-france.fr/bretagne/pluherlin-56220/karine-cathala-enchante-ses-auditeurs-5202158


 


3ème Portes Ouvertes ATELIERS D'ARTISTES, octobre 2016

 



http://www.artistes-morbihan.com

 


OFFRANDES POETIQUES : Une lecture envoûtante chez Karine Cathala

 

Par Jean-Fred BERGER




OUEST-FRANCE Août 2016

 


INTIMERRANCES Chapelle Saint Michel




OUEST-FRANCE septembre 2015

 



INTIMERRANCES un voyage musical et poétique

 

Par Jean-Fred BERGER




OUEST FRANCE vendredi 3 juillet 2015

 

Rochefort-en-Terre Tourisme à la rencontre d'artistes

réalisé par Franck Cairou





http://www.rochefortenterre-tourisme.com/

 
 

Karine Cathala à la galerie Sainte-Anne

 

Mi-femme, mi-fleur

 

par Isabelle Touze




LES INFOS DE PLOERMEL, 21 novembre 2012
www.infosploermel.fr

 

Karine Cathala."Le rouge, c'est la vie"

 

par Yann Le Scornet




LE TELEGRAMME, 9 avril 2012
www.letelegramme.com/tag/artiste

 

Karine Cathala, artiste pour la vie

 

par Pierre-Jean Brassac



        


ALMANACH DU BRETON 2012
www.cpe-editions.com


 

LOIN DU MONDE, DEDANS : KARINE CATHALA

 

par Jean-Paul Gavard-Perret



Il faut prendre les œuvres de Karine Cathala comme l’appel de la tribu des solitaires dont la féminité fait vibrer la terre d’une densité étrange et par les vagues qui la soulèvent. Voici l’existence à travers ce qui tient d’une douceur quasi spirituelle même si le corps est là dans ses rondeurs esquissées. Voici sa lumière rose et bleu layette mais sans aucune régression sous la feinte de simplicité. Aux constructions mentales l’artiste préfère une sorte d’essentialité émotive qui exclut cependant le lyrisme exacerbé. A la limite du symbolisme minimalisme et par séries Karine Cathala répond aux effractions de la violence par des silhouettes ou des formes qui hantent. Une femme enceinte et debout on ne voit que son ventre, une autre est assise dans une attitude de recueillement. Elles n’ont pas de familles, elles descendent de ces dieux perdus dans les nuages. Juste ce qu’il faut de flots de courbes pour les étreindre. Parfois on oublie le haut comme pour court-circuiter la puissance purement mentale et revenir à l’essentiel. Les corps fleurissent de leurs puits.

Chaque œuvre défait des plis, remonte les orées, pointille la commensurable alerte pour que se bredouille une union dont on ne sera rien. Seule la femme est à l’image. Ce qui retient vient de son corps ou de celui d’une fleur dont elle est le centre. Autour louvoie une forme de volupté avec la caresse du regard sur la peau ou sur une robe. Traces, pans comme l'extrême du soupir en une sorte de mélancolie particulière. Celle ou celui qui regarde peut comprendre ce qu’il en est de l’offrande. Il navigue entre un deuil et un désir. Combien d'années pour passer de l’un à l’autre ? C’est ce que Karine Cathala « mesure » dans des toiles où de manière indirecte le temps imprime un verdict.

Les tableaux deviennent le corrigé du temps plus ou moins revenant. Volumes, silhouettes, lignes et courbes de « rappel ». Leur morphine pâle apaise la douleur. La joie n'est pas la joie parce que la douleur n’est pas que la douleur. Aspiration intime, dépouillement absolu : voici comment opère (c’est-à-dire ouvre) la peinture. Rien de ce que nous rencontrons en elle est laissé au-dehors de l’attention de nos sens. Nous sommes aussi loin du monde que dedans. Loin des constructions mentales, proche de la nudité de la sensation « viscérale ». Chaque femme présente le miroir dans lequel s’éprouvent - plus que quelque vision de quelqu’un - la pure contemplation et l’émotion. L’œuvre devient le moyen inconscient de réparer le temps qui s'écoule, de le "suspendre", de le reprendre en faisant abstraction des séparations et pour une renaissance. Il y a donc ainsi mais de manière très originale quelque chose de religieux, quelque chose de la tradition de la Vierge et l’Enfant. Mais de cette histoire picturale ne retient que l’émoi qu’elle renvoie dans une sorte de percée primitive ou plutôt première, inaugurale.

Émerge un corps accord originel. Et au delà de toute séparation la recherche de l’union. Par effet de surface s’atteint le plus profond même si les femmes de l’artiste semblent parfois des égarés, des enfants de la lune. A travers elles, comme à travers ses poissons biblique et les remous que l’artiste fixent pour de telles apparitions, de telles gestations l’artiste inscrit le secret de la vie. Restent le flot, le tremblement de l’existence. Résonnent une combustion intime, une adhérence étroite. Et soudain les yeux sont plus grands que le ventre.

L’artiste ne se montre pas vraiment en sa peinture. Pourtant elle est là, dedans, cachée, elle brouille les pistes,transpose ses angoisses et ses plaies en matières et en lignes, en incantations silencieuses. D’où la lumière, l'évidence. Par la matière Karine Cathala suspend les instants d’inaccessible plénitude. Elle choisit en permanence, choisit et renonce à tout le reste. Sa peinture est faite de ça : chaque trait de pinceau, unique, choisi parmi tous les autres possibles. A la fois afin de pouvoir se débarrasser de la conscience d'être et être. Les lignes et les courbes tracent les liens qui manquent, attachent, retiennent. On parlait plus haut d’ouverture mais ce n’est pas celle de la déchirure. Celle plutôt qui cicatrise ou qui le tente au sein des seuls frémissements d'existence. Le corps féminin est donc un fragment du monde, l’artiste y a trouvé parfois son propre exil : elle veut y désormais trouver sa réalité, son identité. Son refuge et son jardin brillants parfaitement élaborés au milieu du désert par la sobriété et le jeu parfait du mouvement qui emportent jusqu’à parfois décaler le champ de ses toiles.


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